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Une saison, une œuvre / Les demoiselles Sairand, modistes à Chalon-sur-Saône


Marque de fabrique « Melles Sairand Modes CHALON S/ SAONE » à l'intérieur d'un chapeau de femme © musée Vivant Denon

Le musée Vivant Denon conserve dans ses collections un ensemble de vingt-et-un chapeaux, essentiellement féminins, datés de la première moitié du 20e siècle. Parmi eux, cinq chapeaux identifiés comme des créations des demoiselles Sairand, modistes ayant exercé à Chalon-sur-Saône de 1886 à 1928, ont été légués en 1953 par Madame Girard, veuve SAIRAND.

La mode, une histoire de famille
Issues d’une famille de chaudronniers, les sœurs SAIRAND ont tenu de 1886 à 1922 un commerce situé au 52 Grande rue à Chalon-sur-Saône. Louise Joséphine Antoinette [ 1870-1959 ] y exerce la profession de modiste dès l’âge de 16 ans, avant de s’associer à sa sœur Marie Edmée [ 1877-1966 ]. Elles sont mentionnées dans les annuaires de Saône-et-Loire comme modistes de 1901 à 1928. En 1922, le fonds de commerce de mode établi au premier étage du bâtiment est vendu à Madame Rosa LIOTARD et à ses filles Hermance et Renée. Dans l’annuaire de 1936, les sœurs SAIRAND ne sont plus citées parmi les modistes de Chalon-sur-Saône : elles résident désormais avec leur frère dans la maison familiale située rue d’Autun.
Chez les SAIRAND, la mode est une affaire de famille : leur frère cadet Louis Georges Antoine tient, dès 1903, un commerce de fournitures pour « modes-chapeaux » qui s’appelle « Aux
Violettes de Parme ». Il s’établit d’abord au 8 rue du Châtelet avant de s’installer au 17 rue d’Autun. Louis Georges Antoine occupe également une place importante dans l’histoire du musée Vivant Denon : il lègue en 1952 un ensemble de pièces composées de peintures, dessins, gravures et miniatures sur ivoire. C’est sa veuve, Marthe Émilie GIRARD, qui lègue en 1953 un ensemble de bonnets, chapeaux et ombrelles anciennes jusque-là conservés dans la bibliothèque de son mari, récemment décédé. Dans cet ensemble, cinq chapeaux sont estampillés comme des créations des demoiselles SAIRAND. À l’intérieur de chaque création se trouve une marque portant l’inscription : « Melles Sairand, Modes, CHALON S/ SAÔNE ». Confectionnés par les deux sœurs entre 1900 et 1928, ces chapeaux sont réalisés en crêpe noir, ce qui laisse à penser qu’il s’agissait de chapeaux de deuil.

Le métier de modiste
La modiste est une artisane et créatrice spécialisée dans la conception et la fabrication de chapeaux, coiffes et accessoires de tête. Ce métier est essentiellement pratiqué par les femmes au début du 20e siècle, qui concevaient les chapeaux à la main comme un objet unique. Les modistes proposent à leur clientèle des chapeaux en tenant compte de leur personnalité, de leur physique et de leur budget. Pour les concevoir, ces dernières utilisent des poupées à l’apparence de tête humaine. Ces têtes en bois, carton bouilli ou papier mâché existent en différents tours de tête. Elles permettent de travailler le « passe » (le bord) à main levée afin d’apprécier les volumes ou encore l’effet coiffant du chapeau ; elles étaient destinées à supporter les coiffes et chapeaux. Creuses à l’intérieur, ces têtes sont habituellement peintes de manière à figurer un visage féminin. Les cheveux sont généralement rassemblés en chignon, les yeux peints en bleu ou noir et la bouche en rouge. Elles portent le joli nom de « marottes » !