En 1875, le lyonnais Ernest CHANTRE [ 1843-1924 ] publie le volume de ses Études paléoethnologiques dans le bassin du Rhône consacré à l’âge du Bronze. Cet ouvrage, qui fait date et le place comme l’un des pionniers de la recherche autour de la Protohistoire européenne, marque la reconnaissance de la période de l’âge du Bronze en Europe. Pour fêter les 150 ans de cette publication, le musée Vivant Denon présente ici un ensemble d’objets datés de l’âge du Bronze, acquis tout récemment en vente publique.
Qui est Ernest CHANTRE ?
Géologue, anthropologue et archéologue, CHANTRE travaille pendant la majorité de sa carrière au muséum d’Histoire naturelle de Lyon [ 1871 – 1910 ]. Membre de nombreuses sociétés savantes, il s’intéresse aux périodes pré- et protohistoriques, et particulièrement aux origines de la métallurgie. Proche de Gabriel DE MORTILLET, ses liens avec le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye sont nombreux et étroits. Disciple de Paul BROCA, il mène des études d’anthropologie dès 1870 : il est responsable de cours municipaux à Lyon dès 1878, et de la chaire d’anthropologie de la faculté des Sciences dès 1881. Son épouse, Bellonie CHANTRE [ 1866 – 1952 ], avec laquelle il collaborera, mènera elle-même une carrière d’anthropologue. Bien qu’il soit amené à effectuer de nombreux voyages en Europe centrale et orientale, les années 1860 à 1880 voient Ernest CHANTRE concentrer ses recherches sur le bassin du Rhône et le nord du Dauphiné ; c’est à cette période qu’il travaille à ses Études paléoethnologiques.
La définition de l’âge du Bronze
L’idée de « progrès technique » est au cœur de la définition d’une chronologie générale, voulue simple et commune, appuyée sur l’évolution du choix des matériaux : la pierre, le bronze puis le fer. Elle est attribuée à l’archéologue danois Christian Jürgensen THOMSEN [ 1788 – 1865 ] et se diffuse rapidement en Europe du nord. Pourtant, cette chronologie ne fait pas l’unanimité en France, et particulièrement l’existence d’un âge du Bronze distinct : à l’âge de la Pierre succèderait directement et indistinctement un âge des Métaux. Ernest CHANTRE compte parmi les défenseurs – victorieux – d’un âge du Bronze autonome.
L’acquisition de janvier 2024
Une partie des objets de l’âge du Bronze proposé à l’occasion de cette vente et présentés ici pourrait provenir de la collection de Georges LAMERCERIE, décédé en 2018. Cet amateur de Villefranche-sur-Saône a acquis durant des années auprès des dragueurs et collectionneurs locaux, nombres d’objets métalliques découverts lors des dragages dans la région. La richesse de ces découvertes subaquatiques faites dans la Saône était soulignée dès 1846 par Jules CHEVRIER, premier directeur du musée de Chalon-sur-Saône : « Cependant, un heureux privilège semble avoir été accordé à la Saône ; c’est à elle qu’il était réservé de conserver, au fond de ses eaux, des traces nombreuses et indestructibles de toutes les époques qui nous ont précédés ».
Cette remarque est particulièrement vraie s’agissant de l’âge du Bronze, célébré ici. En effet, parmi les découvertes emblématiques de cette période se trouvent les dépôts, des ensembles d’objets essentiellement métalliques volontairement mis en terre ou en milieu humide.